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Renoir au XXe siècle

Une exposition non conformiste et attrayante : Renoir, parmi ceux à qui il doit quelque chose de son art, Rubens, Titien, Véronèse, Raphaël. Et, surtout, Renoir parmi ceux qui, de son temps ou du nôtre, ont été influencés par lui : Picasso, Matisse, Maillol, Bonnard, dont quelques œuvres le rappellent dans les galeries du Grand Palais.

EXPOSITION
Renoir au XXe siècle
Galeries nationales, Grand Palais, Champs-Elysées
23 septembre 2009 - 4 janvier 2010
Catalogue sous la direction de Sylvie Patry, commissaire de l'exposition, 464 p., 49 €, publication RMN

Une exposition non conformiste et attrayante : Renoir, parmi ceux à qui il doit quelque chose de son art, Rubens, Titien, Véronèse, Raphaël. Et, surtout, Renoir parmi ceux qui, de son temps ou du nôtre, ont été influencés par lui : Picasso, Matisse, Maillol, Bonnard, dont quelques œuvres le rappellent dans les galeries du Grand Palais.

La dernière exposition rétrospective de Renoir, en 1985, répondait à un regard historique. L’œuvre était distribué selon un classement par périodes, chacune marquée par des tableaux fameux.

Sept sections : Les années soixante (Le Cabaret de la mère Antony). 1871-1880 (Le Bal du Moulin de la Galette). 1880-1883 (Le Déjeuner des canotiers). 1884-1887 (Baigneuse dite La Coiffure). 1888-1898 (Baigneuses) : tant il est vrai que pour Renoir « les sujets les plus simples sont éternels : la femme sortira de l’onde amère ou de son lit, elle s’appellera Vénus ou Nini. On n’inventera rien de mieux ». De très jeunes filles s’offrent au regard du voyeur. 1899-1909. Titien et Rubens quasi cités. Et le souvenir d’Ingres qui passe dans La Femme couchée : « Quand je vois, chez un peintre, la passion qu’il a ressentie à peindre, il me fait jouir de sa propre jouissance. » La jouissance va gouverner, jusqu’à sa fin, le peintre vieilli et infirme. 1910-1919. 1919, sa mort. Renoir peint.

Il est attentif à la matière, à son attrait tactile, à sa diversité : « Je regarde un corps nu, il y a des myriades d’infimes nuances. Je dois trouver celles qui rendront sur une toile la chair vivante et palpitante. » La jeune fille engagée pour s’occuper des enfants Renoir, la pulpeuse Gabrielle, sera l’un des deux ou trois modèles favoris du peintre. En tout cas la préférée.

L’exposition actuelle s’intitule Renoir au XXe siècle. Ce titre était le sous-titre d’un essai du Catalogue de 1985. On y trouvait l’histoire de la reconnaissance de l’œuvre de Renoir, le rôle joué par quelques grands collectionneurs, et aussi les réserves des « responsables » officiels français.

Il avait fallu parler haut. Ainsi Apollinaire, en 1918, à la veille de la mort de Renoir, écrivait : « Lorsqu’on parle de jeunes c’est de l’art qu’il s’agit, un art nouveau et vigoureux et non pas de l’âge des artistes dont il ne saurait être question. Cézanne, Rodin ont toujours été des jeunes, et Renoir est un jeune. » L’histoire des collectionneurs ne va pas au cœur de la création artistique, mais peut offrir des vues inattendues, parfois réjouissantes. Ainsi le rappel de cette ligne de Du côté de Guermantes, où sont nommés côte à côte, Gutenberg et Wagram : l’imprimeur fameux et le prince, chauffeur et collectionneur des impressionnistes. Ces peintres, Renoir, pris pour exemple, Proust a expliqué qu’ils ont créé « un monde nouveau » avant qu’un autre ne vienne le remplacer. Gutenberg en faciliterait l’écriture ? Le collectionneur Wagram en préserverait-il les témoignages ? Reste le mystère de la rencontre des deux personnages, inexplicables si l’historien ne nous rappelait que Gutenberg et Wagram étaient, à la ville, le nom donné à deux centrales téléphoniques récemment ouvertes. Cette naissance de deux personnages, éphémères, dont l’un trouvera sa justification par son goût pour les impressionnistes et celui de Proust pour Renoir.

Le « jeune » Renoir, dans l’exposition actuelle, surprend à la lecture du Catalogue qui est riche en reproductions, en photographies documentaires, en documents, et varié dans ses textes. À l’ouverture de ce bel ouvrage, en pleine page, la reproduction du Débarquement de Marie de Médicis au port de Marseille le 3 novembre 1600, l’un des plus fameux panneaux de la Galerie Rubens du Louvre. Sur le pont, la princesse et sa suite, enveloppées de soie, de brocart et de velours. Au flanc du navire, trois naïades fessues, deux à la chevelure blonde, la troisième acajou, contraste harmonieux que pratiquera souvent Renoir. Outre le vénitien, Rubens retient son attention. Gabrielle et les innombrables baigneuses peintes par Renoir dans les années 1900 garderont quelque chose des naïades des eaux du port de Marseille.

Tournées les deux premières pages du Catalogue, le regard du lecteur est surpris. Il rencontre sur une toile deux poires tavelées dont l’une affecte un corps – un visage grimaçant et des mains noueuses. Après une période à la manière de Renoir, c’est Le Lyrisme, de l’époque dite « vache » de Magritte. En face, un nu aux fesses surabondantes : Botero. Puis une nature morte de Chirico, de sa période de reniement. José Pierre, analyste rigoureux du Surréalisme, écrivait dans son essai de 1984 (Somogy éditeur) que la référence de Magritte à Renoir « s’était traduite la plupart du temps par un avachissement de la forme », comme « l’horrible platitude » de la série « vache » le montrait, « nous rappelant tristement le Chirico des dernières années de sa vie tentant vainement de recopier ses œuvres du temps où il avait du génie ».

Ces trois tableaux litigieux ne sont pas présents à l’exposition. Picasso y domine. En commun avec Renoir, il a plus souvent des thèmes, des poses, que des affinités de matières.

On retrouve au Grand Palais Les Baigneuses de 1918-1919 léguées au musée d’Orsay par les fils d’Auguste Renoir. Le peintre disait de ce tableau qu’il était un « aboutissement » et un « bon tremplin pour les recherches à venir ». Les dimensions sont celles des grandes toiles fameuses des années 80. Les Baigneuses : une fois oubliées Marie de Médicis et sa cour, sont bien, au XXe siècle, les descendantes des naïades de Rubens. Dans un décor nouveau avec des moyens picturaux neufs. Vénus et Nini sont occultées par la toute jeune Gabrielle qui fascinait Picasso.

Georges Raillard

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