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Le stylo, la bêche et la mémoire

Chez Seamus Heaney, la poésie sent la pluie, la tourbe et le métal des outils. Peu d’écrivains auront autant lié les mots à la terre. Prix Nobel de littérature en 1995, le poète nord-irlandais n’a jamais cherché à s’élever au-dessus du monde : il écrivait dedans, au contact des champs, des morts, des souvenirs enfouis. Treize ans après sa disparition, la publication de ces poèmes chez La Table Ronde, dans la remarquable traduction de Patrick Hersant, donne l’impression de retrouver une voix restée intacte sous la mousse des années, une voix grave, calme, capable de parler à la fois du deuil familial, de la violence politique et d’une simple poignée de mûres écrasées dans un seau.

Cette anthologie possède une charge affective particulière. Le projet avait été imaginé par Heaney lui-même à la fin de sa vie avant d’être repris par sa femme Marie, sa fille Catherine et ses fils Michael et Christopher. Cela se sent immédiatement. Ce livre n’a rien d’une compilation universitaire pensée pour célébrer un monument littéraire. On y entend quelque chose de plus intime, presque domestique : les poèmes qu’on relit à voix haute, ceux qui restent dans une famille lorsque l’écrivain n’est plus là. En ouvrant ces pages, on n’entre pas dans un mausolée. On rejoint...

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