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Zoran Music

La Giudecca dans la brume, des autoportraits. Dans un halo d’ombre, les orbites creusées, ce sont des images qui semblent venues de l’autre côté.
La Giudecca dans la brume, des autoportraits. Dans un halo d’ombre, les orbites creusées, ce sont des images qui semblent venues de l’autre côté.

On les a vues à la Galerie Claude Bernard, peu d’années après la mort de Zoran Mušič (voir QL n° 1 010). Cette exposition était présentée par Jean Clair sous le titre Le soleil ni la mort. Ce texte, on le retrouve en postface d’un livre intitulé Z. M. Il ne semble pas que son auteur, Sophie Pujas, à la différence de Jean Clair, fût une amie ou une familière de Mušič. Elle ne le prétend pas.

Elle ne parle pas explicitement de sa peinture. Mais comme dans l’Autoportrait qui hante les façades de Venise, la suite des vues de Mušič qui nous est donnée à lire réussit ce paradoxe de dresser de lui un portrait vivant.

Cette réussite tient à une extrême économie de moyens. En cela fidèle, sans le dire, aux dernières œuvres du peintre que nous avons vues à cette dernière exposition en 2010. Une série d’images, de deux lignes à deux pages. Surprenante, peut-être : Dandysme : « Il est élégant, de cette distinction qui n’est pas affaire d’oripeaux. Les vêtements se plaisent sur lui, car ils lui rendent justice. » Et tout de suite après : la vue Arrestation : « C’était la première fois qu’il prenait une gondole. Mais ce n’est pas ainsi que cette histoire commence. Il marchait dans Venise, à sa douce habitude, quand ils l’avaient arrêté. Les Allemands en uniforme qui avaient mis la main sur Venise, la main du Führer. […] Ils l’avaient arrêté pont dell’Accademia. Au moment où son monde s’effondrait, à un point qu’il ne pouvait alors mesurer, son regard heurta les grilles d’un palazzo, tapi au fond d’une allée verte. Ils le jetèrent dans une gondole. »

Mušič et Venise sont deux personnages liés. Devenus des ombres.

Sous le titre Amnésie : « Venise existe si peu, dans son extravagance, dans ses vacillantes irisations, qu’elle rejetait le passé dans un brouillard, une confusion de cauchemar. »

Mušič a peint des façades de Venise avec des portes et des fenêtres mi-ouvertes, mi-fermées. Il semble qu’à ces façades l’auteur de ce Z. M. ait songé (1).

  1. Par une heureuse rencontre, on peut voir un bel ensemble de gravures de Zoran Mušič à la Galerie Sagot-Le Garrec, 10, rue de Buci, 75006 Paris.
Georges Raillard

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