Alors que la presse parle d’un possible abandon du Donbass à la Russie, que de sérieux doutes ne cessent de réémerger concernant divers aspects de cette guerre (aide américaine, cohésion interne de l’exécutif ukrainien, lassitude générale, victoire des Russes, etc.), il paraît probable que la Crimée – ce que naguère la même presse jugeait impossible – va redevenir ukrainienne. Comme s’il s’agissait d’une sorte de Monopoly où l’on peut échanger une rue contre une autre.
Je ne me prononcerai pas ici sur le Donbass – sauf à dire que son annexion par la Russie en 2014 n’a entraîné aucune stabilité –, mais je voudrais rappeler à ceux qui ont la mémoire courte que le devenir de la Crimée ne se joue pas en tout ou rien.
La Crimée est « essentielle » aux Ukrainiens, aux Russes, aux Tatars de Crimée… et à ses habitants. Elle a plusieurs fois cherché son indépendance, en vain. Elle vit un curieux paradoxe : Sébastopol, annexée en 2014, abrite une base navale russe, dont le terrain lui est loué par l’Ukraine jusqu’en 2042.
Peuples de Crimée
Pour s’en tenir aux recensements officiels, les Russes passent de 33 % de la population criméenne en 1897 à 50 % en 1939, 71 % en 1959, 67 % en 1989 et 65 % en 2014. Entre 1954 et 2014, la proportion de Russes résidant en Crimée ne fait d...
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