François Julien nous reçoit à la Maison des sciences de l’homme, où il est titulaire de la chaire sur l’altérité. Helléniste de formation, il est devenu sinologue, produisant de nombreux essais qui travaillent sur l’« écart » entre l’héritage grec de la pensée occidentale et la pensée chinoise. Il a reçu le prix Hannah-Arendt pour la pensée politique, et le Grand prix de philosophie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Celle-ci comprend un nombre important d’essais, articulés autour des concepts d’« écart », d’« entre », de « transformation silencieuse ».
Nous avons réécrit et condensé ses propos, dont la transcription intégrale aurait été trop longue.
Daniel Bergez : Dans vos réflexions sur la Chine et l’Europe, vous travaillez souvent à partir de la notion d’« écart » pour éviter le jeu des parallèles, oppositions, comparaisons, etc., qui sont d’usage courant. Pouvez-vous nous éclairer sur cet angle de votre démarche ?
François Jullien : On doit être très réservé sur le comparatisme, qui travaille sur les rapports de ressemblance et de différence, en mettant en jeu la question de l’identité – alors qu’il est loisible de ...
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